Temps de lecture : 3 minutes

Un des mythes les plus répandus sur le cerveau est que nous n’utilisons que 10% de notre cerveau tandis que les 90% restant se la coulent douce dans leur coin, en attente d’être déverrouillés par nous ne savons quelle astuce magique. 

Ce mythe a notamment été entretenu par le fait qu’il y a quelques dizaines d’années, les chercheurs et scientifiques ne savaient pas à quoi servait la majorité des régions de notre cerveau. Lorsque des lésions étaient causées à ces régions, aucune conséquence physique, motrice ou sensorielle n’était perçue. Visuellement, il n’y avait aucun changement. Nous nous sommes donc dit durant longtemps que ces régions ne servaient à rien. Des années plus tard, la recherche (et certains accidents malencontreux comme c’est le cas pour Phineas Cage) a finalement mis en avant les fonctions de ces régions, notamment celles du lobe frontal qui soit disant ne servait à rien et qui, finalement, est responsable entre autres du raisonnement abstrait, de la planification, de la prise de décision, de la flexibilité face à son environnement. La moindre lésion cérébrale a un impact sur nos capacités, ce qui montre bien que chaque région est exploitée et a son rôle.

Bref, au risque d’en décevoir certains croyant à leur potentiel caché, nous utilisons bien 100% de notre cerveau.

 

UN CERVEAU ÉNERGIVORE 

Un premier élément qui prouve que nous utilisons 100% de son potentiel, est toute l’énergie dont le cerveau a besoin. Notre cerveau consomme 20% du glucose brûlé chaque jour par notre corps. Il consomme en tout 10% d’énergie en plus que le reste de nos organes. Cette dépense énergétique montre qu’il est sans cesse en activité et que cette activité est très puissante. 

Cependant, l’intégralité de nos neurones n’est pas en activité au même moment. Cela nécessiterait trop d’énergie et on risquerait la surchauffe. 100% de notre cerveau nous est utile tout au long de la journée, ou du moins de la semaine. Mais à un instant T, nous n’utilisons qu’environ 5% de nos neurones selon la tâche que nous sommes entrain de faire : lire, écrire, regarder la télévision, converser avec ses collègues etc. Et si nous mettons bout à bout toutes nos activités d’une semaine, 100% de notre cerveau est utile et est surtout utilisé régulièrement. 

 

UNE PLASTICITÉ QUI TROMPE

L’idée selon laquelle nous n’utilisons que 10% de notre cerveau peut aussi être issue du concept de plasticité cérébrale. Les connexions entre neurones se font et se défont rapidement et régulièrement en fonction de notre environnement et de nos expériences, renforçant certaines capacités ou compétences, ou au contraire en détruisant des liens entre neurones qui n’ont plus d’utilité. Ces connexions ont un potentiel illimité d’où l’idée sûrement d’un vaste potentiel qui est à exploiter. 

 

UNE EVOLUTION A L’APPUI

Enfin, si nous regardons l’Homme d’un point de vue évolutif, cette hypothèse ne peut être véridique. L’évolution n’aime pas l’inutile et donc tout ce qui n’a pas de fonction claire et utile durant plusieurs années aura vocation à disparaître. Par exemple, nous avons perdu quelques dents entre la Préhistoire et aujourd’hui, puisque grâce au feu et à la cuisson, nous n’avons plus besoin d’autant de dents. En vue de l’énergie que demande un cerveau, s’il n’était utile qu’à 10% pour notre espèce, cela ferait bien longtemps qu’il aurait diminué de taille et qu’il n’aurait gardé que ces 10% utilisés. 

Les mythes sont, par définition, ancrés dans la croyance collective. Cette série est là pour les déconstruire. 100% de votre cerveau est bien utilisé, cependant vous pouvez toujours développer certaines capacités ou compétences comme apprendre d’un instrument, mémoriser un nouveau trajet en voiture, et ce, grâce à la plasticité cérébrale.