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Petit à petit, les habitants du monde sortent de chez eux. Rien de surprenant si je vous dis que ce confinement a laissé sa marque sur nos psychismes. Les personnes confinées ont plus de chance de développer les symptômes d’un stress pathologique : insomnies, tristesse constante, anxiété, colère, irritabilité, fatigue, épuisement et même dépression ainsi qu’état de stress post-traumatique. 

Cet impact du confinement et, de manière globale, de la pandémie, va nécessiter des capacités de résilience de la part de tous.

A l’échelle d’un pays, au même titre qu’à l’échelle d’un individu, la capacité de résilience varie. Ces dernières années, un certain nombre d’études ont tenté de cerner l’influence qu’avait la culture sur la capacité de chacun à être résilient. Nous allons tenter de les appliquer à cette pandémie qui touche aujourd’hui tous les pays du monde. 

Pour Boris Cyrulnik, il existe effectivement “une inégalité dans la manière où les traumatismes sont vécus, à partir du moment où ils surviennent, selon le développement, les histoires et le contexte culturel de chacun”. Si la résilience peut être considérée comme une capacité et un processus psychologique à caractère universel pour faire face aux difficultés, aux événements stressants ou encore aux traumatismes, les données disponibles dans la littérature montrent que le contexte culturel apporte des nuances aux modes d’expression de la résilience et qu’il y a des facteurs de protection culturellement spécifiques (S. Ionescu, 2010). 

Avant toute chose, qu’entend-on par culture ? La culture est la façon dont nous nous rencontrons et nous saluons, la façon dont nous travaillons et faisons la fête, ce que nous mangeons et la façon dont nous le mangeons, la façon dont nous interagissons les uns avec les autres et dont nous résolvons nos différences. Elle est la façon dont nous résolvons nos problèmes, ce que nous portons, ce en quoi nous croyons. Elle est la relation que nous entretenons avec notre famille, notre communauté et les étrangers. La culture est tout ça et plus encore, et elle est présente partout dans votre quotidien. 

 

Alors, certains pays sont-ils plus armés culturellement que d’autres

pour que leur population soit résiliente face à la pandémie du covid-19 ?

La réponse est : OUI


Pourquoi ? Parce qu’il existe des aspects, valeurs et moeurs d’une culture venant jouer en la faveur ou en la défaveur de la résilience d’une population. 

Depuis plusieurs années, un certain nombre de recherches s’intéressent à décrire les facteurs culturels corrélés à la résilience. Une étude de Martin et al (2005) a retenu 3 grands éléments qui seraient présents à divers degrés, chez une population décrite comme résiliente :

1.La religion et spiritualité 

Elle est la plus forte composante de la résilience : elle joue le rôle d’une force fondamentale pour dépasser le deuil. Le sens spirituel donné aux événements, les mots et les expressions servent d’étayage et contribuent à sortir de cet état de confusion et de dysfonctionnement qui entourent le sujet traumatisé. (Manciaux, 2003) 

2. Les rituels familiaux et l’importance de la famille

Ils protègent l’individu et renforcent chez lui l’estime de soi et le sentiment de sa propre efficacité selon Cyrulnik. La qualité de l’entourage et de leur soutien est un facteur de protection face aux risques que présentent les événements traumatiques. 

3. Les traditions sociales et le partage des rites avec la communauté 

Ils encouragent et favorisent aussi le développement de la résilience. Ces deux éléments sont caractéristiques d’une société collectiviste. Les liens étroits entre l’individu et la société constituent un facteur de protection important dans la résilience. 

Les individus possédant et ayant grandi dans une culture où ces trois éléments sont très présents, semblent donc avoir plus de chance d’être résilients. 

 

Alors, à partir de ce que nous venons d’énoncer, quels pays ressortiraient comme plus résilients face à cette crise ? 

En suivant ce que nous avons démontré plus haut, si l’on regarde les pays où la religion est très ancrée, où la famille et ses rites sont omniprésents et où la communauté compte autant que sa propre famille, nous pouvons faire l’hypothèse que ce sont les pays Asiatiques et Africains qui sortiront psychologiquement plus rapidement et plus résilients de cette crise. 

En effet les pays où la religion et la spiritualité sont le plus ancrés sont en Asie (Bangladesh, Indonésie, Sri Lanka…) et en Afrique (Ethiopie, Niger, Maroc…). Une étude de 2019, réalisée par Raghavan et Sandanapitchai, a étudié 200 adultes provenant de 19 pays du monde et exposés à des traumatismes. Les résultats ont révélé que les participants asiatiques ont obtenu des scores significativement plus élevés sur les échelles de résilience comparé aux autres populations, surtout car ils possédaient un niveau d’adaptation plus élevé grâce à la spiritualité. 

Aussi, F. Trompenaars et C. Hampden-Turner (2013) suite à de nombreuses années d’études ont mis en exergue que de façon générale, les pays asiatiques comme Singapour, le Japon ou encore la Corée du sud, favorisent beaucoup plus les relations, la famille élargie et la communauté (fun fact : le “je” n’existe pas en japonais). A l’inverse, les pays occidentaux et notamment les Etats-Unis et le Royaume-Uni favorisent l’individualisme et leur population estiment les lois et règles comme au-dessus des relations, les rendant moins résilients face un traumatisme collectif. 

 

Les pays les plus résilients ne seront donc pas nécessairement ceux ayant connu le moins de cas et de décès. Au même titre que les individus, les pays encaissent différemment la charge traumatique. Cette capacité à sortir du traumatisme ne dépend pas uniquement du nombre de cas ou de décès, mais des ressources que la personne et le pays ont à leur disposition pour y faire face, et notamment des ressources que leur offre leur culture. Il apparaît donc important de comprendre cet impact culturel afin que chaque pays et gouvernements puissent accompagner aux mieux leur population vers le chemin de la résilience. 

 

SOURCES

  1. Cyrulnik. Traumatisme et résilience. Rhizome 2018/3-4 (N° 69-70). 
  2. M.Ungar. Resilience across Cultures. The British Journal of Social Work, Volume 38, Issue 2, February 2008, Pages 218–235.
  3. A, Gunnestad. Resilience in a Cross-Cultural Perspective: How resilience is generated in different cultures. Queen Maud’s College, Trondheim, Norway
  4. Sumithra S. Raghavan* and Priyadharshiny Sandanapitchai. Cultural Predictors of Resilience in a Multinational Sample of Trauma Survivors. 2019
  5. Edith G. Arrington &Melvin N. Wilson. A Re-Examination of Risk and Resilience During Adolescence: Incorporating Culture and Diversity. June 2000. Journal of Child and Family Studies.
  6. Serban Ionescu, Eugène Rutembesa et Valérie Boucon. La résilience : perspective culturelle. Bulletin de psychologie 2010/6 (Numéro 510)
  7. F. Trompenaars et C. Hampden-Turner. L’entreprise multiculturelle. 2013.
  8. Les approches cultures de la résilience – CRIRES