//Neurofeedback : qu’est-ce que c’est ?

Neurofeedback : qu’est-ce que c’est ?

Depuis sa première démonstration en 1962, le neurofeedback a fait du chemin. Le principe ? Agir sur l’activité cérébrale pour traiter un trouble ou améliorer la performance. Une technique pas si jeune mais pleine d’avenir détaillée par Jonas Chatel-Goldman, PhD, co-fondateur et responsable scientifique chez Open Mind Innovation.

Le neurofeedback, en clair

« Le neurofeedback est un sous-groupe d’un outil plus général, le biofeedback », résume Jonas Chatel-Goldman. « Le biofeedback consiste à montrer à une personne une image de son activité corporelle pour lui permettre d’agir dessus directement. Le neurofeedback, lui, se concentre sur l’activité cérébrale ». Concrètement, tout cerveau émet des signaux électriques traduisant son activité, différents chez un sujet calme, nerveux ou concentré. Ces signaux sont donc enregistrés, généralement à l’aide d’une sorte de bonnet de bain à électrodes (EEG, ou électroencéphalographie). Ils sont ensuite traités puis présentés sous forme d’images ou de sons face au sujet.

« On représente par exemple une flamme sur un écran », explique Jonas, « dont la taille varie en fonction de l’intensité de l’activité mesurée. On demande ensuite au participant d’augmenter ou de réduire la taille de la flamme. Si l’activité mesure son anxiété, il doit réduire la flamme, s’il s’agit de sa concentration, il doit l’augmenter ou la maintenir. » Résultat ? En agissant sur la flamme, le sujet agit sur son activité cérébrale, et donc sur son anxiété ou son attention. Entre autres. « Ce qui est frappant, c’est que la plupart des participants – pas tous – arrivent à trouver une stratégie interne, souvent inconsciente, pour agir sur leur activité cérébrale sans indication. Ce qui montre bien que l’on peut arriver à se conditionner mentalement, sans autre retour qu’un outil visuel. »

Le neurofeedback : comment ça marche ?

Il s’agit là du mystère, et du défi, du neurofeedback. « On n’a pas complètement la réponse », révèle Jonas. « Les premiers articles tentant d’expliquer comment ça fonctionne ne datent que des années 2010 ! Il s’agit d’un mélange d’explicite et d’implicite, de conscient et d’inconscient… ainsi que d’un mécanisme automatique simple : dans un exercice, l’être humain favorise la récompense plutôt que la punition. » Autrement dit, en cherchant la satisfaction de réussir la tâche qui lui est assignée, le sujet élabore ses propres stratégies inconscientes jusqu’à modifier son activité cérébrale.

Le neurofeedback, des applications…

Anxiété, insomnies, troubles de l’attention avec hyperactivité (TDAH), « rééducation » cérébrale… En presque 60 ans d’existence, le neurofeedback a connu un vaste champ d’applications. « On a d’un côté les applications cliniques, de l’autre les applications non-pathologiques », synthétise Jonas. « Dans le premier cas, le but est de diminuer les troubles, dans le second, d’améliorer les performances ».

Pathologie ou pas, le neurofeedback peut aider à comprendre ses propres mécanismes internes. « À mon sens, il s’agit de l’une des utilisations les plus intéressantes de cet outil, puisque la prise de conscience de ses états mentaux ouvre la voie à de nouvelles possibilités d’amélioration à travailler chez soi, en autonomie et au quotidien », développe Jonas. « Chez Open Mind, on a un positionnement presque éthique vis-à-vis de ça : la technologie ne doit pas être une béquille dont on ne peut pas se passer, mais plutôt un raccourci. Une sorte de miroir augmenté qui en nous renvoyant une autre image de nous, permet d’avancer ».

… et des défis

Si elle n’est pas nouvelle, la technique du neurofeedback a encore beaucoup à révéler. Les challenges à venir ? Comprendre les mécanismes sur lesquels elle repose, prouver son efficacité ou ajuster les méthodes d’analyse utilisées.

1 / Les preuves 

À l’heure actuelle, il existe peu de preuves de l’efficacité du neurofeedback au sens médical du terme. « Prouver l’efficacité d’un protocole d’un point de vue scientifique implique des études aux critères précis, dont les exigences s’appliquent difficilement au neurofeedback pour des questions de temps et de moyens », détaille Jonas. « On a pour l’instant un grand nombre d’études de cas, mais peu qui répondent à ces critères médicaux. En attendant, le principe de précaution s’applique ».

2 / Le signal 

Si l’EEG capte les signaux électriques émis par l’activité des neurones, la méthode ne va pas sans difficultés. « Les signaux des neurones sont perturbés par d’autres signaux électriques », précise Jonas, « notamment provoqués par l’environnement ou les mouvements ». Les signaux captés doivent donc être « nettoyés » en temps réel à l’aide d’un logiciel de pointe, avant que le praticien n’isole ceux qui répondent à l’application choisie.

3 / Le matériel 

Depuis quelques années, des équipements d’EEG publics arrivent sur le marché. Une bonne et une mauvaise nouvelle, selon le spécialiste, puisque l’accessibilité de la méthode permet sa diffusion et la multiplication des études, mais implique souvent une qualité de signal inférieure et donc sujette à caution. « Un grand nombre d’applications reposent encore sur seulement une ou deux électrodes, quand une bonne couverture du cerveau en réclame au moins une vingtaine. Chez Open Mind, on développe un projet d’équipement grand public dont les plans seront en accès libre, associant une qualité de signal niveau recherche à un tarif accessible à tous » dévoile Jonas.

Le neurofeedback de demain

« De mon point de vue, l’avenir du neurofeedback passe par sa démocratisation, afin d’ouvrir de nouvelles voies d’exploration et d’accélérer la validation scientifique », indique Jonas. « Chez Open Mind, on travaille aussi beaucoup sur la représentation du signal et de la récompense. La plupart des applications se contentent d’un curseur représentant de la même façon l’anxiété ou l’attention, alors qu’on pourrait imaginer un jeu vidéo dont le décor s’adapterait à la progression »… Voire même bien plus mais patience, le projet est en cours de développement.

Contrairement à certaines solutions censées agir sans participation active, le neurofeedback selon Open Mind veut valoriser l’exploration de soi, l’engagement et l’individualisation. « On ne propose pas une solution de neurofeedback, mais un bilan qui va permettre d’orienter la personne vers ce qui fonctionne vraiment pour elle, dont le neurofeedback peut faire partie », conclut Jonas Chatel-Goldman. Une méthode personnalisée, participative, préventive et prédictive… ou les 4P, fondements de la médecine du futur.

Jonas Chatel-Goldman,
PhD,
co-fondateur et responsable scientifique chez Open Mind Innovation


Open Mind Innovation est un institut privé de recherche appliquée en neurosciences cognitives qui développe des produits et services pour garder l’esprit vif, jeune et en bonne santé tout au long de la vie.
En savoir plus sur le Performance Lab, Centre de bilan et d’entraînement cognitif, comportemental et émotionnel.

2018-11-11T18:05:09+00:005 octobre, 2018|