Vous avez la phobie de l’avion mais vous vous apprêtez à embarquer, crispé(e) au bord du siège dans une salle d’attente bondée. C’est du moins ce que croit votre cerveau, dupé par un casque de réalité virtuelle, alors même que vous êtes en sécurité dans le cabinet d’un(e) thérapeute : bienvenue dans la TERV, ou thérapie en réalité virtuelle. Le point avec Catherine Depied-Farçat, psychologue clinicienne et psychothérapeute.

La réalité virtuelle, une simulation plus vraie que nature

La réalité virtuelle consiste à reproduire de manière artificielle une expérience sensorielle : le sujet est plongé dans un environnement virtuel immersif en 3D avec lequel il peut interagir. « Grâce à l’imagerie cérébrale, on a pu démontrer que la simulation mentale d’une action active les mêmes zones du cerveau que l’action elle-même », explique Catherine Depied-Farçat. Autrement dit ? La réalité virtuelle permet d’expérimenter n’importe quelle situation, même la plus anxiogène, avec des sensations bien réelles mais sans les dangers de la réalité.

La TERV en France aujourd’hui

La thérapie en réalité virtuelle, ou TERV, est basée sur les principes de la thérapie cognitive et comportementale (TCC) : une thérapie brève centrée sur les pensées et croyances erronées et négatives que le patient cultive, et qui l’amènent à un comportement inadapté. Dans les troubles anxieux, le sujet est progressivement mis en situation et exposé graduellement aux situations provoquant une anxiété. « La TERV nous permet de créer cette situation en cabinet, sous contrôle, plutôt que d’envoyer un patient se confronter à sa peur dans la vie réelle », souligne Catherine Depied-Farçat.

Concrètement ? Les trois ou quatre premières séances avec un(e) thérapeute aident le patient à prendre conscience de son trouble et des symptômes ou comportements inadaptés associés, puis à apprivoiser différents outils de gestion de l’anxiété. Arrive alors l’étape de la confrontation avec la situation en réalité virtuelle, répétée sur plusieurs séances jusqu’à dépasser l’anxiété. Récente, la technologie n’est disponible pour les cabinets libéraux que depuis 2016, et bien que plus ancienne dans le secteur public, n’équipe à ce jour que 13 CHU et 22 cliniques.

La TERV, pour qui et pour quoi ?

La thérapie en réalité virtuelle vise avant tout les phobies : peur de la conduite, du vide, de l’ascenseur, claustrophobie, arachnophobie… Il existe également des simulations visant les troubles anxieux ou du comportement alimentaire, ainsi que les addictions.

Quant au patient idéal ? « Celui qui joue le jeu », révèle Catherine Depied-Farçat. Certains peuvent opposer une résistance. Il s’agit souvent de réactions de défense, mais l’efficacité de la thérapie dépend de l’intensité de l’immersion. » S’il existe des TERV à destination des enfants, notamment pour traiter la phobie scolaire, la prudence est de mise : perçue comme un jeu par les plus jeunes, la réalité virtuelle peut dans ce cas devenir addictive.

Plongeon dans une séance de TERV

Pas question d’entrer sans préambule dans un environnement stressant en 3D. Chez Catherine Depied-Farçat, la séance de réalité virtuelle commence par une séance de relaxation courte à la plage, en montgolfière ou sur les fonds marins. Vient ensuite la simulation à la situation anxiogène. « Le patient utilise des manettes pour se déplacer à l’intérieur d’un environnement », précise Catherine Depied-Farçat. « De mon côté, je dispose d’un retour sur écran de ce qu’il voit, et je peux paramétrer certains de ces environnements en fonction de ses besoins ». Par exemple ? « Dans le cas de l’aviophobie, la peur de l’avion, je peux choisir un avion plein ou vide, un atterrissage ou un décollage, des turbulences ou un orage »… Tout au long de l’expérience, le patient communique, accompagné par la psychologue. « Si son niveau d’anxiété est trop haut, il est libre d’interrompre la séance », ajoute Catherine Depied-Farçat. « On revient alors sur les moments anxiogènes jusqu’à ce qu’il dépasse son anxiété. »

Les bons points de la réalité virtuelle

La réalité virtuelle, à quoi ça sert ? Si la technologie est toujours en développement, les résultats parlent d’eux-mêmes.

  • Progressif et personnalisé, le traitement s’adapte au patient pour l’accompagner de bout en bout face à sa phobie.
  • La durée de la thérapie est facilement divisée par deux grâce à la réalité virtuelle. Soit une moyenne de 8 à 15 séances, puis un suivi tous les trois à six mois la première année. « Dans ma pratique, la phobie de l’avion a offert les résultats les plus spectaculaires, avec 100% de réussite sur une moyenne de quatre séances », souligne Catherine Depied-Farçat.»
  • Pratique et économique, la TERV évite au patient la violence d’une situation réelle… mais également à la thérapeute de l’accompagner en extérieur pour y faire face.
  • La RV est bien vue par les patients. « Ils s’en font une image ludique», confirme la psychologue. « La majorité d’entre eux l’abordent avec curiosité. »

Quelles limites pour la réalité virtuelle ?

Comme toute technologie récente, la réalité virtuelle exige prudence et professionnalisme, qu’il s’agisse de jeux vidéo ou de thérapie.

  • « Les patients peuvent avoir besoin de temps pour s’adapter au matériel », prévient Catherine Depied-Farçat. « Le cyber-malaise peut provoquer des symptômes similaires à ceux du mal des transports, des vertiges aux nausées. » Des études ont révélé un rétrécissement de certaines zones cérébrales suite à un usage excessif.
  • Remède miracle, la réalité virtuelle ? « Non», insiste la psychologue. « Toute thérapie réclame du temps et la réalité virtuelle ne remplace pas le vécu : il faut concrétiser rapidement par une mise en situation réelle. »
  • Si les équipements grand public sont de plus en plus accessibles, la supervision d’un professionnel est indispensable pour la TE D’autant que la réalité virtuelle dispose d’un catalogue de simulations encore limité, empêchant de traiter toutes les phobies.
  • Les incontournables bugs vont de pair avec un matériel de pointe et un logiciel très lourd. « Ça arrive», confirme Catherine Depied-Farçat, amusée par la solution : « une bonne connexion internet et un véritable matériel de gamer ! »