⏳5 minutes

Il est 6h30, vous vous levez, allumez la radio et faites votre café tout en écoutant les news du matin. (Bon ok, le réveil était plus vers 7H15). Vous entendez l’animateur radio annoncer que ce weekend, un chien a mordu une petite fille au visage. Instinctivement vous pensez “Encore ! C’est la 5ème fois cette année et nous ne sommes qu’en février. Il ne faut vraiment pas laisser les enfants à côté d’un chien, c’est dangereux”. Premier piège cognitif de la journée, vous êtes tombé dans l’effet râteau : vous considérez le hasard comme plus régulier qu’il ne l’est réellement. Vous finissez de vous préparer rapidement pour ne pas être en retard (car on ne va pas se mentir, le réveil était en fait à 8h #miraclemorning) et filez dans le métro pour tenter d’arriver à l’heure au travail. Par chance, une place assise. Durant votre trajet, vous entendez la conversation des deux hommes en face de vous et comprenez qu’ils sont médecins. Tout de suite, une sorte de halo positif s’installe au-dessus d’eux, vous les trouvez beaux, propres, intelligents, sérieux etc. L’effet n’aurait pas été le même si vous aviez entendu qu’ils étaient dealers. C’est l’effet de halo.  Vous avez perçu ces hommes en fonction de l’opinion que vous avez envers une seule de leurs caractéristiques. 

Il est à présent 11H et vos collègues vous proposent une pause café. Vous acceptez avec grand plaisir. Vous discutez ensemble de vos week-ends et du travail, et au détour d’une conversation, un collègue annonce “Vous avez entendu la dernière nouvelle ? Apparemment nous serions en passe d’être rachetés !” Ce à quoi vous répondez “Je le savais ! Je m’en doutais, c’était sûr !”. Vous êtes pris la main dans le sac avec un biais rétrospectif : vous avez tendance à surestimer rétrospectivement le fait que les événements auraient pu être anticipés. 

C’est l’heure de la pause dej et vous devez vous acheter un nouveau téléphone portable. Vous savez parfaitement le modèle que vous voulez et souhaitez faire plusieurs boutiques afin de comparer les prix. Vous rentrez dans une première boutique et voyez le téléphone désiré à 350€.  A ce moment-là, commence le biais d’ancrage. Vous allez garder à l’esprit ce prix qui vous servira de référence lorsque vous irez voir les prix des autres boutiques, influençant alors votre perception de ceux-là. Voir un téléphone à 450€ ne vous fera pas le même effet si le premier téléphone que vous avez vu était à 350€ versus à 790€.

Votre téléphone acheté, vous retournez au travail très satisfait de votre achat. Vous le montrez à votre collègue et commencez à lui expliquer que vous avez dû acheter un nouveau téléphone car “Ça faisait 4 ans que j’avais l’autre, il commençait à être un peu fatigué”, “il ne faisait que de bugger je pouvais à peine passer un coup de fil”, “la batterie tenait quasiment plus”. Bref, sans ressentir de culpabilité et sans que votre collègue ne vous ait demandé quoique ce soit, vous êtes sous l’emprise du biais de rationalisation a posteriori de vos comportements. Le nom de ce biais parle de lui-même. 

L’après-midi avance, vous êtes en flow complet dans votre travail et avancez très bien dans vos tâches. Jusqu’à ce que la sonnette de la porte d’entrée ne vienne sortir de leur concentration l’intégralité des personnes présentes dans l’open space. Tout le monde, y compris vous, tourne la tête rapidement vers la porte et… se remet à travailler sans bouger le petit doigt. C’est l’effet du témoin ou de dilution de la responsabilité. Chaque individu voit son comportement inhibé par la simple présence d’autres personnes. On se dit “quelqu’un va bien aller ouvrir”. La personne qui attend derrière la porte s’impatiente et re-sonne une seconde fois. A ce moment-là, votre collègue Cédric se lève et va ouvrir, vous confortant dans le fait que ce n’était bien pas à vous de vous lever. 

Votre journée de travail terminée, vous rejoignez votre frère Paul pour aller au cinéma. Alors que vous attendez que le film commence, Paul vous rappelle le déjeuner de famille prévu dimanche. Vous râlez “Oh non, je n’ai pas du tout envie d’y aller… Le dernier repas de famille a été tellement horrible avec tonton qui a encore fait une crise quand on a commencé à parler politique”. Ce à quoi Paul vous répond “Je trouve que tu exagères, hormis cet événement on avait passé une bonne journée !”. Vous êtes sous l’emprise du biais de négativité : vous vous remémorez plus facilement les informations négatives. 

Ah, attention le film commence ! Au bout de 10 minutes, vous vous dîtes que ce n’est peut-être pas le film de l’année. 20 minutes plus tard, c’est l’ennui total. Vous trouvez le scénario plat et le jeux d’acteurs sans relief. Vous n’avez pas été absorbé une seule seconde par le film et il reste encore 2H. Interminable. Et pourtant, vous restez. Jusqu’au bout. C’est le biais de l’unité. L’humain a tendance à vouloir terminer ce qu’il commence, surtout quand il y a déjà investi du temps et de l’énergie (un film au cinéma, un livre, un plat qu’il cuisine mais qu’il a loupé…) car c’est le sentiment de complétion qui satisfait. Deux heures après, le film se termine et vous avez la sensation d’avoir perdu 2H30 de votre vie. Mais en sortant de la salle, vous entendez les gens autour de vous s’exclamer “Ce film était incroyable !”, “C’est un film à Oscars c’est sûr”, “L’actrice principale était tellement touchante et pertinente dans son jeu”, “J’ai été happée du début à la fin, je n’ai jamais vu un film aussi poignant”. Et votre frère de renchérir “Wahou, j’ai l’impression d’avoir pris une claque. Ça faisait longtemps que je n’avais pas vu un film aussi bon”. Vous commencez à douter et vous vous entendez dire d’un air pompeux “Oui, il était vraiment pas mal. Je pense que c’est un film qui doit se digérer pour l’apprécier dans son entièreté”. Et voilà, vous êtes tombé dans le biais de conformisme. Nous avons tendance à penser et agir comme les autres le font, même si l’on pense que c’est de notre propre gré. 

Vous quittez Paul et rentrez chez vous. Il ne faudrait pas trop trainer car vous vous levez quand même à 6H30 demain matin. 

*Définition biais cognitif : Un biais cognitif est une pensée automatique faussement logique. Les biais cognitifs nous font analyser la réalité à travers des raisonnements irrationnels et illogiques et nous font penser ou agir à notre insu. A l’origine, leur fonction est de permettre à notre cerveau d’économiser du temps et de l’énergie en développant des raccourcis mentaux. Mais dans la complexité de notre monde moderne, ils nous poussent à prendre des décisions insensées.